J’aime bien Saint Saens !!

Camille Saint Saens est un peu mon pêché mignon de la musique classique. C'est aussi ma madeleine proustienne. Et j'ai un penchant particulier pour la Danse Macabre dont je vais vous parler maintenant.

J'ai découvert ce compositeur il y a quelques années déjà lorsque, jeune adolescent, j'assistais à la conversion de mon papa au Compact Disc, abandonnant une Foi peu convaincue et timide dans le vinyle. Une sorte de schisme indolore, entre autre parce que mon docte paternel n'était pas vraiment collectionneur de disque. Bref, ce changement de religion musical fut assez simple, puisque finalement il était croyant sans être pratiquant et qu'il s'agissait plus du fond que de la forme. Un peu comme passer de la messe en latin à la messe en langue vulgaire.

Mais, si le vinyle n'était pas sa religion, il ne deviendra pas pour autant un adepte fanatique du CD. D'autant plus que si le support ne fut jamais très important (entre l'orthodoxie et le catholicisme du support ou le passage à la réforme), le contenu n'était pas non plus son credo.

Non mon papa a une approche presque agnostique de la musique. Oui elle existe mais il prend ce qui lui plait dedans sans parti pris, sans oeillères, avec le seul impératif impondérable que cela lui plaise.

C'est donc une joie toujours présente de le voir écouter du MC Solar, du Souchon, du Glen Miller, du Dire Straits ou justement du Saint Saens.

Bref à l'époque de ce Vatican III musical il y avait peu de références disponibles. Et le choix le plus large était en musique classique chez Deutsch Gramophon. C'est ainsi que je me suis laissé envahir et subjuguer par Camille Saint Saens et la III ième symphonie pour orgue et orchestre (au grand désespoir du vendeur Nuggets qui cherchait désespérément à nous refiler du Wagner).

La IIIième de Saint Saens est, en tout point, une symphonie remarquable pour un mec comme moi. C'est majestueux, progressif dans le déchaînement de violence, pompier bref … j'apprécie particulièrement ces morceaux car ils représentent à mes yeux, la musique parfaite pour un film. Adolescent je m'imaginais des charges de rohirims sur les envolées lyriques du deuxième mouvement ; ou le passage langoureux et enlevé du premier pour dépeindre la forêt de la Lorien ; ou encore le troisième mouvement était parfait pour représenter le désarroi des troupes coalisées devant la Porte Noire de Mordor.

Puis, plus tard je découvrais le Carnaval des animaux et enfin et surtout Danse Macabre.

Je ne suis pas un amateur de musique classique à proprement parler. J'apprécie certains morceaux ou compositeurs. Et en fait, dans l'exceptionnelle richesse du répertoire musical classique, je peux retrouver les morceaux qui accompagneront mon humeur du moment, mon état d'esprit de la journée. Certes par rapport à un ignare viscéral (est considéré comme ignare viscéral en terme de musique classique toute personne qui va se pincer le nez juste à la mention du terme "musique classique" sans vouloir en apprendre d'avantage ou qui va accoler ce terme à l'expression "truc de vieux") je peux faire figure de puits de culture mais je trouve rapidement mes limites face à un néophyte éclairé.

D'une certaine façon je trouve que les compositeurs de musique de film sont les dignes héritiers de ces compositeurs. Leur art est difficile et ils doivent illustrer une ambiance, une action, un moment, une émotion, un thème. Les Williams, Goldsmith, Zimmer, Moricone ou Poledouris sont à élever sur le même piédestal que les grands compositeurs du passé. Certains films sont de vrais opéras (Gladiator, Star Trek I), ou ne seraient pas les chefs d'oeuvres qu'ils sont devenus (Star Wars, Conan) sans leur musique. Certes on se souvient plus facilement des acteurs ou des réalisateurs, car la pellicule les gravent dans notre imaginaire mais certaines personnes savent leur rendre un poignant hommage et savent reconnaître leur talent. La culture encyclopédique en terme de musique de film de David est, à cet effet, très impressionnante. D'autant plus que David est un homme de l'image et du visuel. Qu'il ait réussi a développer une telle culture musicale malgré tout tient du prodige. 

On peut pas vraiment dire que j'appartienne de près ou de loin à la "mouvance" gothique. J'en suis même assez éloigné. Le caractère morbide me paraît surfait, les habits et les codes vestimentaires me font penser à de mauvais oripeaux de théâtre, enfin les "gothiques" me semblent prisonnier de rôles surjoués dont la palette des émotions et des réactions est singulièrement limitée. Le mouvement gothique a tendance à s'approprier (ou à se considérer comme descendants de) maintes oeuvres musicales, littéraires, poémes et bien sûr leurs auteurs, compositeurs. Si bien que le mouvement gothique ressemble plus à des récitants qui puisent dans un répertoire limité sans vraiment l'enrichir. Bref, mon goût pour Danse Macabre ne vient pas de là. Et puis j'aime trop le soleil.

Plus singulièrement je trouve que Danse Macabre a un côté extrèmement moderne. C'est à peu près le Thriller de Michael Jackson avant la lettre (ou avant la note si vous préférez). La rythmique narrative de ce morceau est assez semblable. Revoyons le film ensemble :

Le soleil se couche sur un cimetierre. Un violon lance des notes criardes et insupportables puis se tait. L'orchestre se met au travail. Le ballet endiablé commence. Les morts se relèvent et, dans une sarabande folle, voltent et virevoltent. Le Diable ou la Mort assistent à ce spectacle morbide et macabre. Cela dit la musique n'est pas sinistre et triste. Au contraire le rythme est enlevé, des moments presque joyeux alternent avec des accents mélancoliques. Même si l'ambiance générale est inquiétante on est bien loin du sabbath d'une nuit sur le mont chauve de Moussorgski. Par contre la fin de ce court morceaux est identique : le coq (la cloche pour le Mont Chauve) annonce le début du jour, le renouveau. Chacun rentre dans sa dernière demeure pendant que le cours normal des événement reprend le dessus … jusqu'à la nuit prochaine.

Alors pourquoi est ce que je parle de Danse Macabre aujourd'hui. En fait cela fait un bout de temps que cela me trotte dans la tête. Depuis que j'ai vu Shrek III. Bon j'ai bien aimé le film mais un truc m'a dérangé. A un moment du film Prince Charmant (bouhouhouhou, méchant) défie Shrek le gentil (oui ! youpi, super, bravo) et pour illustrer ce moment d'effroi et de stupeur sur scène … et ben le compositeur utilise, justement, le moment du crincrin de Saint Saens au tout début de la Danse Macabre.

Et ça, ça m'énerve.

Je sais c'est con.

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